Le militant de salon

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“Monsieur Kempf, si vous étiez militant

Posté par Édouard Lavallière le avril 13, 2007

et non pas journaliste, que feriez vous pour rapprocher les écologistes et la gauche, au Québec on dirait les Verts et les Solidaires?” Voilà la question qui m’est venue après la lecture de Comment les riches détruisent le monde.

Ce qui est génial dans ce livre c’est l’idée que la crise écologique et la crise sociale ont une cause commune. Il est donc normal de penser que les activistes écologiques et les militants contre les inégalités sociales fassent “cause commune”, alors que c’est tout le contraire qui se produit dans le monde: les partis de gauche et les écolos ne sont généralement pas ensemble politiquement. Le livre de Kempf est un bon instrument de sensibilisation, mais le programme politique est très général et les moyens pour mettre fin à ces crises sont à peu près absents.

Il propose de faire d’une pierre deux coups: par la fiscalité diminuer la part de richesse de l’oligarchie de la surconsommation et utiliser ce surplus pour résoudre les problèmes des inégalités sociales et, par le fait même, restreindre la dilapidation des ressources matérielles. Le partage pour éviter le gaspillage.

L’idée étant que si on diminue la “consommation ostentatoire” des riches, par imitation, les couches moins riches, en dessous de celle qui contrôle la plus grande partie de la richesse de l’humanité, vont elles aussi diminuer le gaspillage. Le mimétisme. C’est le jeu des “voisins gonflables”, mais à rebours. En fait c’est le jeu des voisins dégonflables. (Mettre Veblen sur la tête?) Plus concrètement, il faut demander à 500 millions de personnes des pays du nord, ceux qui sont vraiment au sommet de la pyramide, pas à ceux qui ont moins d’un ou deux dollars par jours pour survivre (3 milliard de personnes) ni à ceux qui sont en bas du seuil de la pauvreté dans les pays riches, mais à nous, les militants de salon et autres du même acabit en fait, de renoncer à dilapider les ressources de la terre juste pour “flasher”.

Tout cela est bien documenté dans le texte, mais avouez que, comme programme politique, ça reste un peu décevant, même pour quelqu’un qui milite surtout depuis son salon. Et sur le comment à peu près rien. Sur le décloisonnement entre les forces d’opposition à ce mal unique à peu près rien non plus.

De là ma question. Je suis donc sorti du salon pour tenter d’avoir une réponse plus précise. Ça n’arrive pas souvent qu’on a l’auteur sous la main, autant en profiter.

Après la conférence, il m’a répondu au cours de la période de question. Le plus précisément qu’il le pouvait. Français, il n’est pas tout à fait au fait de ce qui se passe ici, même s’il a l’air d’apprendre vite (une poésie de Dany Laferrière lui a fait monter les larmes aux yeux, en pleine envolée oratoire sur les dangers de destruction volontaire de la planète par les quelques fous au sein de cette oligarchie hyper puissante).

Alors comment s’entendre sur comment EMPÊCHER les riches de détruire la planète?

Voici sa réponse:

N’attendez pas l’unité formelle des partis écologistes et de gauche. Luttez ensemble sur des projets concrets. Les barrières vont peut-être tomber plus facilement si les militants de la question écologique et de la question sociale sont ensembles sur le terrain.

Ce n’est pas une citation, mais je crois que cela traduit bien son idée. Bel effort tout de même. Mais ce n’est pas très utile pratiquement.

D’autres sont venus à la charge, au micro, s’entend: comment empêcher les riches de détruire la planète pacifiquement, démocratiquement? Les riches ne se laisseront jamais faire. On n’acceptera jamais de faire cela: les médias sont beaucoup trop influents, etc.

Les réponses étaient toujours semblables à celle qu’il m’a faite.

Même si on a envie de lui chanter “Au feu, les pompiers, ya la maison qui brûle…” On doit tout de même reconnaître que ce n’est pas parce qu’on sonne l’alarme qu’on sait comment éteindre le feu.

De toute évidence, Comment EMPÊCHER les riches de détruire la planète reste un livre à écrire. Espérons que Hervé Kempf va s’y mettre rapidement. Et que tous les militants de salon vont faire de même.

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